PLANTE ET PILULE

    "C'est juste une plante Docteur, c'est pas comme si je prenais un vrai médicament."

    Si je touchais un euro à chaque fois que j’entends cette phrase en consultation, je pourrais m’offrir une île. Car la réalité est toute autre. La nature est bourrée de molécules dont la puissance n'a strictement rien à envier à la chimie de synthèse. Prenez la digitale (Digitalis purpurea), qui illustre cet article. Elle est magnifique, n’est-ce pas ? Derrière ses clochettes pourpres se cache la digitaline, un poison violent qui, à la dose près, soigne votre cœur… ou bien l’arrête. Tout le génie du vivant est là.

    Mais quittons cet exemple extrême pour revenir à notre armoire à pharmacie. Car il existe une plante, très répandue, qui illustre parfaitement ce "risque zéro" qui n'existe pas : le millepertuis (Hypericum perforatum).

    La dose fait le poison (et le remède)

    Pour comprendre l’action d’une plante — ou d’un médicament — il faut revenir à une notion simple : la relation dose-réponse (ou dose-effet). Lorsqu’on la représente graphiquement, cette relation suit le plus souvent une courbe en S. On y distingue trois temps. D’abord, un seuil, en dessous duquel l’effet est quasi absent. Puis, une phase de montée : l’effet apparaît, puis augmente plus ou moins rapidement selon la plante. Et enfin, un plateau, c’est l’efficacité maximale. À ce stade, le corps est saturé : augmenter la dose ne renforce plus l’effet… mais augmente le risque d’effets indésirables.

    C’est là qu'on définit la fenêtre thérapeutique, cette zone de sécurité située juste entre le seuil d'efficacité et le début de la toxicité. Pour des substances comme la digoxine (issue de la digitale dont je parlais en début d’article), cet espace est extrêmement étroit : il faut viser juste pour que la dose soit assez haute pour soigner, mais assez basse pour ne pas empoisonner.

    Mais alors, quel est le rapport avec notre millepertuis ? À première vue, aucun. Le millepertuis n'est pas "toxique" comme la digitale. Et pourtant, il peut vous faire sortir de cette fenêtre de sécurité, même si vous ne changez rien à vos dosages.

    Le piège du millepertuis

    Utilisé pour traiter les dépressions légères à modérées, le millepertuis possède une particularité pharmacologique majeure : c’est un inducteur enzymatique. Autrement dit, il stimule certaines enzymes du foie chargées d’éliminer les médicaments.

    Que se passe-t-il si vous prenez une pilule contraceptive ?

    Les hormones sont, elles aussi, traitées par ces agents de nettoyage. Si vous ajoutez le millepertuis, progressivement, le rythme change. Les enzymes du foie s’activent davantage. Le "nettoyage" s’accélère. Les hormones sont éliminées plus vite que prévu. Leur concentration dans le sang diminue.

    Sur notre graphique, la courbe s’est décalée vers la droite. Concrètement, qu’est-ce que ça veut dire ? Pour obtenir le même effet contraceptif, il vous faudrait désormais une dose plus élevée. Mais vous, vous n’avez rien modifié. Résultat ? Vous passez sous le seuil d'efficacité. Vous êtes sortie de la fenêtre thérapeutique par le bas : la pilule circule toujours dans votre corps, mais en quantité insuffisante pour bloquer l’ovulation. Et c'est là que le piège se referme. Vous pensez être protégée, or vous ne l’êtes plus !

    C’est tout le paradoxe du millepertuis : une plante dite “naturelle” qui peut rendre inefficace un traitement essentiel, sans même que vous vous en rendiez compte.

    Donc en phytothérapie comme ailleurs, la règle d’or tient en trois mots : action, interaction, précaution. Si c’est actif, ce n’est jamais neutre. Sans quoi, vous pourriez bien vous retrouver avec un petit cadeau naturel neuf mois plus tard…

    À bientôt et bonne exploration ! 🌻

    Dr Nabila Attanjaoui

    Médecin, nutrithérapeute et phytothérapeute certifiée CERDEN®

    Fondatrice de PhytoMède 🌱

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    PhytoMède, c'est aussi... des dizaines de plantes passées au crible, autant d'idées griffonnées sur un coin de table, quelques nuits à se demander si, cette fois, c’était la bonne, et beaucoup trop de cafés serrés pour les compter !